Ayant quitté Manakara et sa pluie assez vite, nous avons été déposés par le taxi-brousse à l’hôtel Rianala, à quelques kilomètres du village de Ranomafana. Enfin, nous pouvons admirer de la forêt, si rare jusqu’à maintenant! Pour en profiter à fond, nous avons décidé de passer 2 jours dans le parc national, avec bivouac au beau milieu de la forêt primaire. Alphonse, le tout premier guide du parc, ainsi que son jeune collègue rabatteur et le cuisinier de l’hôtel, Ken, vont nous accompagner.

Après un bon petit déjeuner malgache (soupe de riz), le règlement des droits d’entrée, et une brève présentation du parc, nous entrons dans la forêt secondaire. Alphonse nous présente rapidement quelques bois précieux, mais on s’aperçoit vite que son intérêt va surtout pour les nombreuses espèces de bambous, dont l’impressionnant bambou géant et ses habitants les lémuriens. Il nous expliquera que c’est ici qu’il a commencé son travail en tant que guide, en 1985, alors qu’il accompagnait des équipes de recherche à la rencontre des lémuriens du bambou.

3 espèces de lémuriens vivent dans les bambous et s’en nourrissent. Par chance, le soleil étant de la partie ce matin, les lémuriens aussi. Nous observons 2 des trois espèces qui se nourrissent ou se reposent. Après une salve de photos, nous quittons la forêt de bambous géants.

Nous rencontrons un peu plus loin le lémurien brun, et un peu plus tard, alors qu’on se repose au « point de vue » on voit de très près quelques lémuriens à ventre roux.

Sans s’en rendre trop compte, nous nous sommes enfoncés dans la forêt, plus en plus dense, avec des arbres de plus en plus imposants. Nous voilà dans la forêt primaire! C’est un refuge sûr pour les lémuriens, certaines espèces y vivent exclusivement. Le chemin grimpe dur quand nous apercevons au-dessus de nos têtes un grand lémurien blanc et noir. Il s’agit de Varicia variegata le second lémurien du parc en taille. Les malgaches l’appellent « chien de salon », ce qui n’est guère étonnant avec ses airs d’ours en peluche!

On arrive au point de campement assez tôt, en début d’après-midi. On accroche les hamacs, tandis que les hommes se mettent à la cuisine. La malheureuse poule que nous avons transportée toute la matinée se fait trancher la tête, plumer, vider et cuire sous nos yeux. Il faut bien manger! Pendant que le riz cuit on tente une pêche aux écrevisses dans le ruisseau voisin. Infructueuse! Mais nous avons pu admirer la bête de près.

Avant que la nuit ne soit totale, on a dressé la table. Nous vidons à la lueur des bougies d’impressionnantes assiettes de riz. Une partie est mise de côté pour le petit déjeuner du lendemain. Comme il fait à présent nuit noire, c’est le moment idéal pour une visite nocturne. A la lueur des frontales apparaissent une grenouille arboricole, un caméléon. Et si on éteint nos lampes, des points de lumière persistent ça et là. Des lucioles! De retour au campement, il ne reste plus qu’à dormir.

Au petit matin, une pluie fine nous accueille. Il faudra marcher sous la bruine tout au long du retour. Les lémuriens amoureux du soleil se font rares, même si on aura encore l’occasion d’en voir de très près. Par contre les sangsues sont de sortie, et escaladent nos chaussures pour atteindre les chevilles. Des pauses régulières sont nécessaires pour les décoller, malgré tout le bien qu’en dira Alphonse. Lui, il les laisse prendre son sang car il connait les vertus bénéfiques des petites bêtes. Et comme si on n’avait pas vu assez d’eau ce matin, on termine par se rendre à la cascade.

Notre treck se termine ici. Nous quittons le parc et allons boire un verre à l’hôtel et prendre un repas en compagnie de nos guides.

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La vieille ligne de train qui relie Fianarantsoa à Manakara a toujours autant de succès pour le transport de marchandises et auprès des touristes. C’est juste le départ matinal qui est un difficile. Les trains on pour réputation d’être toujours à l’heure, et c’est presque le cas ici, du moins pour ce qui est de l’horaire de départ. On s’installe en première classe, et le train quitte le quai à 7h10. C’est parti pour un long trajet à flanc de montagne, 170km et 17 arrêts dans de petits villages perdus.

Le train quitte Fianar en hurlant. Les enfants courent à son passage, les adultes le saluent. Et on se retrouve dans une campagne rizicole brouillée par la brume matinale, entrecoupée de hameaux aux maisons Betsileo désormais familières.

Déjà une première halte. Les gens accourent avec leurs paniers pour vendre diverses gourmandises par les fenêtres, ou charger leur cargaison. On dirait que le village entier est présent au rendez-vous. C’est le même manège que nous découvrirons à chaque gare.

Au bout de quelques arrêts, la curiosité et la faim l’emportent. Nous achetons des gâteaux à la banane cuits dans la feuille, des samoussas, des bananes. Tout est délicieux et pas cher. Nous écoulons notre petite monnaie.

Nous sommes à présent en montagne. Le paysage est verdoyant et accidenté, ce qui tranche complètement avec celui des hauts plateaux. La voie de chemin de fer bien aménagée franchit des ponts suspendus dans le vide, des tunnels qui nous plongent quelques secondes dans l’obscurité.

Puis au fil du temps et des arrêts, le paysage s’adoucit, les rivières s’élargissent. Nous sentons que nous approchons de la mer. Nous croyons bientôt arriver à chaque halte, mais ce n’est pas le cas. Ce n’est qu’après 10 heures de trajet que nous entrons en gare de Manakara. Le temps est maintenant gris et chargé d’humidité. Fatigués du voyage, nous n’apprécions guère les pousse-pousses qui nous assaillent sur le quai. Trop nombreux, ils commencent à se quereller pour nous prendre à leur bord. On prend la décision de se rendre à l’hôtel à pied, entrainant à notre suite quelques pousse-pousses téméraires.

C’est donc escortés que nous arrivons à l’hôtel des Flamboyants. Le patron nous installe dans le bungalow libre. Il essaie de nous dissuader de partir dès le lendemain, mais notre décision est prise. Nous prendrons le taxi-brousse au petit matin pour Ranomafane. Peut-être est-ce dû à la grisaille, l’accueil à la gare, ou la pauvreté apparente des gens, mais nous n’avons pas apprécié Manakara.

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Toujours plus au nord, nous avons pris le taxi brousse jusqu’à Fianarantsoa, où nous avons rencontré Daniel, jeune guide, qui nous a proposé l’excursion d’aujourd’hui. Nous nous rendons à Ambalavao où se tient chaque mercredi l’un des plus importants marchés à zébus de tout Madagascar.

Sur place, il règne l’agitation si caractéristique des jours de marché. Pour l’heure, nous visitons la fabrique de papier, mettant à contribution des femmes dans un silence quasi religieux. Du petit arbuste dont on arrache l’écorce jusqu’aux décorations finales de fleurs sur la pâte à papier, cet ouvrage nécessite du temps, de la sueur, de la minutie et un brin de fibre artistique. Les produits finis, papier à lettre, tentures, cahiers, sont exposés dans une boutique où chacun trouve un souvenir.

Nous allons ensuite au marché aux zébus. Les bêtes sont regroupées par propriétaire sur un terrain vague poussiéreux. Les longues cornes ne sont guère rassurantes d’autant plus que certains taureaux veulent affirmer leur supériorité hiérarchique. Dans ce désordre, les acheteurs descendus de la capitale ou d’ailleurs négocient les prix. Les bêtes vendues sont transférées dans un corral, puis entassées dans d’énormes bétaillères dont la destination est l’abattoir.

Après avoir admiré de beaux spécimens à corne, et mangé beaucoup de poussière, nous faisons une pause déjeuner. Puis nous rendons visite aux tisseuses de soie. Encore un travail de femmes! Celles-ci ont mis en place un élevage de ver à soie, en plus de prélever des cocons en forêt qui donneront une matière plus brute. Le traitement de la matière nécessite encore une fois beaucoup de patience. Après le nettoyage de la soie, celle-ci est teinte à l’aide de matières naturelles. Les pelotes sont filées à la main, puis vient le tissage qui s’effectue sans métier. Trois jours peuvent être nécessaires pour la confection d’une écharpe.

Nous prenons congé et retrouvons la campagne et ses rizières. Nous faisons halte dans les vignobles. Le cadre est sympathique, mais on a du mal à apprécier le vin acide.

Enfin nous retrouvons Fianar pour une visite de la ville haute qui a été récemment rénovée. Mais de nombreux écoliers nous empêchent de profiter pleinement de la visite, réclamant d’une seule voix des cahiers pour la rentrée prochaine. C’est avec plaisir que nous retrouvons le calme de l’hôtel.

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Ce matin nous nous sommes réveillés dans un espèce de Colorado africain. Le massif de l’Isalo se dresse tout proche avec ses tons blancs, ocres et rouges. Dolphaint sera notre guide pour cette visite d’une journée. Un parcours de 16 km à pied au cours duquel nous allons découvrir les crêtes arides, les canyons profonds, et les cours d’eau et cascades permettant la présence d’une végétation folle. Et là encore, l’attraction numéro un, c’est les lémuriens!

Chacun porte dans son sac à dos une importante quantité d’eau et le pique-nique que nous allons préparer nous-mêmes avec le pain, les Vache qui rit, et le thon en boîte que nous avons glanés dans des échoppes.

Notre guide, ancien mineur dans le saphir, exerce son nouveau métier depuis 4 ans. Il s’applique à nous transmettre tout son savoir à propos du parc mais aussi sur la vie de sa région. Il nous décrit comment le massif a vu le jour, alors que la plaque africaine capricieuse soulevait des roches sédimentaires du fond du golfe du Mozambique. La naissance du parc national, à l’occasion de laquelle des villages entiers ont été déplacés. Seuls quelques hommes sont restés sur le site, et devenus « sauvages » ils ont oublié leur langue terrés au plus profond du parc.

Après quelques kilomètres de marche sur les pâturages et les quelques cultures vivrières, nous entrons dans l’enceinte du parc. C’est aussi le moment de grimper sur les crêtes, alors que la chaleur du soleil commence à nous faire souffrir. En ces lieux desséchés, le pachypodium est roi. Cet arbre minuscule pousse à même la pierre. Aucune feuille visible, seules ses fleurs sont exposées à cette saison.

Cachés dans les anfractuosités, les tombeaux Bara, temporaires ou définitifs, sont bloqués par un amoncellement de pierres. Au bout de quelques années dans un tombeau temporaire, le défunt a droit à une petite toilette à l’occasion d’une grande cérémonie familiale, avant d’être replacé avec ses effets dans un tombeau définitif.

Nous descendons des crêtes vers le cirque de Namaza verdoyant. La piste nous mène au point de campement où paresse toute une colonie de makis cattas. Ces petits malins ont repéré le gros bipède négligeant qui laisse trainer des miettes après son pique-nique. Loin de s’émouvoir de notre présence, ils attendent leur heure au soleil. Pour notre part, nous ne laisserons rien aux lémuriens, car notre appétit est grand! Un peu de repos nous est accordé par notre guide, j’en profite pour faire du hors piste.

Nous reprenons la marche en début d’après-midi le long des cours d’eau. Nous croisons un peu plus loin le propithèque verreauxii, appelé lémurien vazaha en raison de son pelage blanc, en plein déjeuner de feuilles. Plus on avance, plus le canyon s’étrécit suivant le lit du ruisseau. On arrive enfin aux deux premières cascades qui se jettent dans les bassins bleu et noir. L’eau est gelée, mais personne ne résiste à l’envie d’y mettre les pieds, voire plus! On revient ensuite sur nos pas pour se rendre à la cascade des nymphes, tout aussi jolie dans son écrin de roche et de verdure.

C’est le moment de rentrer. Une heure de marche nous sépare de Ranohira. En passant au point de pique-nique, nous tombons encore nez-à-nez avec les lémuriens cattas, qui profitant des rayons du soleil déclinant, se rassemblent avant de trouver un refuge pour la nuit.

La marche nous a bien fatigué, c’est avec plaisir que nous buvons une THB. Puis nous allons dîner dans un « hôtely », petit restaurant malgache fort sympathique.

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Il est temps de quitter le petit coin de Paradis qu’est Anakao. C’est une longue journée de voyage qui nous attend car nous entrons dans les terres pour le parc de l’Isalo. Max fête aujourd’hui son 25 ème anniversaire, un anniversaire spécial, car ici on est un peu coupé du temps.

On embarque avec Prospère à bord de la barque à moteur. Pas de vent ce matin, le voyage sera calme. On récupère un peu plus loin dans le village le médecin et sa femme qui profitent du week-end pour faire le plein de médicaments à Tuléar. Prospère ajoute un peu de carburant, juste ce qu’il faut pour une traversée. Et en effet, en arrivant à Tuléar, on est presque à sec.

Le port ne correspond pas vraiment à notre conception du port. Certes, on a l’habitude d’un lieu sale, aux eaux troubles et tachées de carburant, mais là pas de quai où accoster. Juste une sorte de plage de vase où s’entassent des détritus, et une eau peu profonde où circulent des charrettes tirées par des zébus. Deux nous rejoignent pour nous récupérer avec nos bagages. Je suis soulagée de ne pas avoir à marcher dans ce nid à maladies qu’est l’eau de Tuléar. Les zébus parfaitement dressés à la voix répondent aux étranges claquements de langues de leurs propriétaires. Ils nous déposent sur la terre ferme à côté de la Compagnie du sud, où tout le monde se précipite sur nous pour proposer des services ou vendre des objets.

Mais ce qui nous importe pour l’instant c’est de trouver un taxi brousse qui nous emmènera à Ranohira, aux pieds du parc national de l’Isalo. Un taxi, une 4L bien sûr, nous dépose à la gare routière. L’endroit déborde d’activité entre les camionnettes qui déchargent, celles qui chargent les bagages, les rabatteurs qui nous identifient aussitôt comme des clients potentiels et se précipitent sur le taxi. On comprend qu’il faut vite acheter les billets pour qu’ils nous lâchent la grappe. Ceci fait, nous allons dans le restaurant voisin où nous avons 3 heures à tuer. On prend l’apéro, puis le déjeuner, et enfin on entame une partie de cartes. On retourne ensuite à la gare routière, on confie nos sacs, et on attend… Une heure et demie plus tard, on nous fait changer de véhicule, et il faut encore patienter une bonne demie heure avant de partir pour de bon.

C’est le début du voyage le long de la fameuse nationale 7. La route est bonne, et file droit vers l’intérieur des terres. Le paysage désertique et monotone est une succession de petites cabanes de bois ou de pisé collées à la route, de tombeaux provisoires et d’une lande vallonnée desséchée par le soleil. Les arbres sont rares, et quelques baobabs se dressent ça et là. Notre chauffeur est très rapide, même les contrôles de police lui sont épargnés. Le soir approche, et bientôt la nuit nous prive de tout paysage. On arrive au pays du saphir alors que fleurissent le long de la route des maisons impeccables portant pour enseigne « vente de pierres précieuses ». Ilakaka, la ville où nous faisons halte pour le dîner du chauffeur est la capitale du saphir. Elle a des airs d’une ville du Far West et de ses chercheurs d’or.

Peu de kilomètres nous séparent alors de Ranohira. Mais nous avons hâte d’arriver. Le chauffeur nous déposera finalement à l’entrée de l’hôtel. Nous lui en sommes très reconnaissants. Epuisés, nous avalons un repas (j’essaie le ravitoto, un plat de feuilles de manioc pilées) et allons au lit.

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Dommage de séjourner chez des pêcheurs si l’on ne s’approche pas de la mer, et sans une petite promenade en pirogue. L’île voisine Nocy Ve est connue comme un petit coin de paradis, et nous décidons de nous y rendre accompagnés de Prospère et d’un autre pêcheur à bord d’une pirogue à voile. Nous embarquons de bon matin alors que la mer est calme. 30 bonnes minutes sont nécessaires pour la traversée. Nous accostons sur une plage tranquille et propre, caressée de petites vagues de l’eau turquoise du lagon.

Le calme est seulement dérangé par le cri des paille-en-queues, que nous connaissons bien à la Réunion; ils ont adopté l’île pour couver leurs œufs et élever leurs petits. Prospère nous montre les oisillons, vivant à même le sol sous la protection des buissons de l’île. De gros bébés ne craignant pas la présence de l’homme, attendant patiemment que les parents rentrent de la pêche. Un paille-en-queue ne pond qu’un œuf, et c’est visiblement assez de travail que de nourrir un oisillon de cette taille.

Pour l’heure, nous profitons de la plage et de l’eau chaude du lagon. Nous avons prévu les masques, palmes et tubas pour une visite des fonds marins. Je m’attendais à ce que le lagon soit mieux préservé, mais la plupart du temps le corail est en piteux état. En revanche il abrite beaucoup de vie. D’énormes bénitiers, des crabes, crevettes, anémones, concombres de mer, étoiles de mer, et bien sûr des poissons de toutes tailles et couleurs. Tout un spectacle dont il est difficile de se détacher. Mais il faut finalement regagner la plage, et c’est là que je me rends compte à quel point je m’étais éloignée du rivage.

Sur terre, Max et Sylvaine s’occupent au soleil. Nos pêcheurs quant à eux ont trouvé notre repas de midi: des petits mérous à griller. Le temps qu’ils cuisinent, nous retournons voir les oiseaux. Cette fois, les adultes sont présents. Contrairement aux oisillons au plumage tacheté et au bec foncé, les parents sont d’un blanc immaculé avec un bec rouge. Après avoir rendu visite à toutes ces petites familles nous retournons à notre campement. Assis sur la voile de la pirogue, nous nous régalons du repas préparé par Prospère: du riz, du poisson grillé, et de la sauce tomate.

Le vent s’est levé et Prospère semble inquiet. Il nous presse pour préparer le retour. Nous embarquons à bord de la pirogue et hissons la voile. Le vent est fort, et le 2ème pêcheur de notre équipage s’est posté en équilibre sur le flotteur pour nous empêcher de chavirer. Nous filons à pleine vitesse, arrosés par les petites vagues, quand une pièce en bois du flotteur se déboîte. Aussitôt nous perdons notre matelot en poste pour faire contrepoids. Le flotteur se désaxe sous la force du courant, et finit par céder à son extrémité dans un horrible craquement de bois. Prospère qui a lâché la voile se jette à l’eau pour rattraper le flotteur. Avec l’excédent de corde disponible à bord, les 2 pêcheurs rafistolent comme ils peuvent un flotteur de fortune.

Puis chacun regagne son poste, et nous reprenons la traversée plus doucement. Nous avons droit à un second décrochage avant d’arriver sains et saufs sur la terre ferme. Comme nous, d’autres Vezos ont écourté leur pêche et sont rentrés. Mieux vaut rester sur terre quand la mer est mauvaise!

Une fois rentrés au Peter Pan, Max et moi emménageons dans un bungalow libéré par nos parisiens. On a droit à des douches et des toilettes perso avec une eau presque courante, presque pas salée et presque tiède. Un luxe à Anakao! Et au menu de ce soir, nous avons de la langouste cuisinée par Dario, notre second hôte italien. On se régale!

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Ce matin, le moteur du 4×4 de l’hôtel ronfle de bonne heure. A son bord, nous allons longer la côte vers le sud sur une piste de sable, pour nous rendre dans le parc national voisin, Tsimanampesotse. Les villages de pêcheurs défilent tandis que nous dérapons sur la piste. Nous faisons halte dans l’un d’eux, où 2 makis catta apprivoisés nous sont déposés dans les bras. Pour une première approche des lémuriens, c’est énorme! Les boules de poils nous grimpent tranquillement sur les épaules en s’agrippant avec leurs petites mains, et finissent par descendre d’un bond. De vrais chats! Après ces quelques minutes d’émerveillement, nous remontons dans notre 4×4.

Après une bonne heure de piste, nous arrivons à l’entrée du parc. Nous y rencontrons Nicolas, notre guide, qui monte à bord du 4×4 après une rapide présentation du parc. Nous partons dans les étendues de salicorne rouge, et roulons jusqu’au lac immense qui s’étend sur des kilomètres le long de la mer. On marche vers la berge d’argile blanche pour le contempler. On distingue la rive opposée 2 km plus loin, et les flamants roses, petits points blancs comme posés sur l’eau. En plein centre du lac émerge un îlot.

Nicolas nous explique que le lac est très peu profond, 80cm au plus à cette saison. Mais personne ne le traverse, car d’une part les lieux sont sacrés et pleins de fantômes, et d’autre part on risque d’y finir embourbé dans des sables mouvants. Quelques grognements à côté attirent notre attention; une bande de makis catta se promène dans les branchages. On peut s’approcher un peu, mais les lémuriens sont plus sauvages que ceux qu’on a rencontrés plus tôt et s’éloignent.

Nous suivons Nicolas sur un sentier au long duquel il nous désigne des plantes médicinales contre le palud, la syphilis, des plantes aux vertus lavantes, ou pour préparer des philtres d’amour. Le chemin mène en hauteur sur un beau point de vue duquel on peut voir le lac en son entier.

On rebrousse chemin, et on remonte à bord du 4×4 pour se rendre dans la forêt de baobabs. Une drôle de forêt qui pousse sur les cailloux, et dont la plupart des arbres n’ont pas de feuilles. Nous empruntons un sentier jusqu’à une première grotte dans laquelle la fraîcheur ambiante est la bienvenue. Cette grotte est sacrée; nous laissons Nicolas réciter une prière et répandre quelques gouttes de rhum dans un petit autel en silence. Puis notre guide revient à nous pour nous présenter les lieux. Cette grotte abrite au fond un petit lac, qui est en fait une source dont l’eau circule dans un réseau de galeries souterraines. Dans l’eau, des racines blanches, et surtout dissimulés dans ces racines de petits poissons aveugles. Nicolas peut aisément en attraper un qu’on observe de près; l’animal n’a pas d’yeux là où il aurait dû y en avoir.

On retrouve la fournaise en quittant la grotte. Dans la forêt, nous découvrons les baobabs centenaires; le plus agé prénommé « la grand-mère » aurait même 3000 ans! Au coeur de la forêt, une oasis verte apparait. Il s’agit d’un immense ficus dont les racines aériennes plongent directement dans une grotte de 15 mètres de profondeur. C’est ici que finit la visite. On retourne au 4×4 et on prend congé de Nicolas à la sortie du parc.

On est affamé, et heureusement pour nous, le repas a été préparé dans le village voisin, au bord de l’eau. Au menu, du riz, du poisson en sauce, et des cigales de mer grillées en quantité. Nous nous régalons. Puis nous enfilons nos maillots de bain pour un plongeon dans la mer turquoise. Le temps d’une courte sieste pour nos chauffeurs, et nous rentrons à Anakao.

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La première escale de notre voyage sera Anakao, village de pêcheurs au sud de Tuléar. Pour nous y rendre, on fait appel à la « Compagnie du Sud », qui nous emmène en taxi sur la route de St Augustin jusqu’à notre barque à moteur où nous prenons place. Le temps est clair et la mer calme en cette matinée, nous filons sur la mer turquoise jusqu’au village voisin où nous embarquons d’autres vazahas parisiens avec qui nous passerons un peu de temps à Anakao. Une fois tout le monde à bord, nous prenons à nouveau le large. Cap sur Anakao!

Surprise de la traversée, une énorme baleine émerge à quelques mètres de nous. Elle disparait après avoir craché un peu d’air. Nous arrivons ensuite en vue d’Anakao, qui s’étire le long de la mer. Les pirogues s’alignent sur la plage avec leurs couleurs vives, et autour d’elles règne une certaine activité. On est bien dans un village de pêcheurs!

On accoste au sud du village, sur un coin de plage dégagé. On peut lire l’enseigne de l’hôtel où nous passerons les prochains jours: le Peter Pan. La maison est tenue par des italiens, nous a-t-on prévenus, donc pas de surprise en voyant notre hôte, Valerio, se présenter. Il nous installe Max, Sylvaine, et moi dans une grande chambre en dur, nos parisiens étant les premiers servis, il occuperont les bungalows donnant sur la mer. On peut voir que la structure est récente, d’ailleurs les aménagements de l’hôtel sont encore en cours avec la construction du restaurant près de la plage.

On s’installe tranquillement quand Sylvaine découvre que tout l’argent changé, ou presque, a disparu. Petit mouvement de panique. Argent perdu ou volé? Nous ne le saurons jamais. On essaie de la rassurer en calculant qu’on a bien assez pour tenir à 3 le temps de retourner en ville. On la réconforte comme on peut à la THB, la bière malgache.

Valerio prend commande pour le repas du midi et s’en va aux fourneaux. En attendant le déjeuner, on part en exploration à 3 sur la plage en direction du centre du village. Aussitôt on accoure à nous. Les filles nous proposent des colliers de coquillages, des massages, des tresses, les hommes des excursions en pirogue, des plats de langouste ou cigale de mer, et, encore plus nombreux, les enfants réclament des cadeaux.

En tant que Vazaha fraîchement débarquée, c’est un choc. Pas trop l’habitude d’être considérée comme une vache à lait. J’avais le malheur de porter en main mon assimil de poche français/malgache qui a fait l’objet de convoitise. Les enfants tous sourires me donnaient la main pour essayer ensuite de m’arracher le carnet. Les parisiennes qui m’accompagnaient se voyaient réclamer leurs bijoux de la même manière. Quand nous avons demandé où se trouve le marché, la plus grande des enfants qui parlait français a réclamé de l’argent.

De tout le séjour, je n’ai jamais revu ce genre de comportement ainsi poussé à l’extrême. Mais il est très fréquent en ville de se voir réclamer des cadeaux ou de l’argent. Alors la faute à qui? Certainement à nous, touristes occidentaux, qui fréquentons ces lieux en étalant nos richesses. Par la suite j’ai pris l’habitude de me promener avec le strict minimum sur moi.

D’autre part, il est certain que les enfants qui réclament sont dans un réel besoin. Mais croire que distribuer des stylos leur servira à l’école est une illusion. Certains n’ont jamais mis les pieds à l’école et troqueront nos « cadeaux » contre des produits de première nécessité. Alors faut-il céder aux demandes? Nous on a parfois donné un morceau de pain, du fromage, des Ariarys car il est impossible d’ignorer quelqu’un qui a faim.

Mais revenons à Anakao, un village plutôt riche grâce à la mer. Nous rentrons à l’hôtel, heureuses d’y trouver le calme et de l’ombre. Valerio a préparé des pâtes (bien sûr!) avec une sauce de tomate, cigale de mer, et condiments. C’est excellent!

La digestion et le soleil nous entraînent ensuite vers le sommeil. Une bonne sieste dont on ne sortira qu’en fin d’après-midi pour un tour sur la plage (vers la sortie du village!) et une petite baignade.

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Voilà, l’aventure Mada commence! Et pour bien entamer ce voyage itinérant, nous allons enchainer les 800 et quelques kilomètres séparant la Réunion de Tana, et les 900 kilomètres pour relier Tana à Tuléar. La majorité en avion, bien heureusement! C’est à bord d’Air Madagascar que nous embarquons. Après une petite escale à Maurice, nous arrivons à Tana. Du vol, pas grand chose à raconter, si ce ne sont les quelques turbulences qui ont tant effrayé Sylvaine.

Nous récupérons à peine nos sacs qu’on nous propose des trajets en taxi. On explique patiemment qu’on est en transit pour Tuléar, et on s’occupe de changer notre argent. Je me suis rarement promenée avec 300 euros sur moi, et bien je vous dis que c’est encore moins rassurant de se promener avec l’équivalent, soit 750000 Ariary à Mada. Ce sont des liasses de billets que nous nous voyons remettre, à cacher discrètement dans les poches intérieures de nos sacs.

On essaye de nous convaincre de quitter un peu l’aéroport pour visiter les environs, le marché de la Digue par exemple. Mais on refuse. On préfère occuper notre temps d’attente certes long à réserver une chambre d’hôtel, et réfléchir à ce qu’on souhaite faire les prochains jours. Olivier, un guide présent à ce moment-là, nous conseille sur les choses à voir et nous donne quelques tuyaux pour bien s’en sortir à Mada.

Enfin, on embarque à nouveau, et c’est à la lueur du couchant que nous survolons Tana. Une fois la nuit tombée, nous ne distinguons plus rien, même pas de lumières de villes. Mais par moments luisent des feux, ceux-là même qui réduisent les forêts de Mada en charbon, et qui assurent en même temps un peu de revenu à ceux qui les déclenchent.

Enfin, brille Tuléar dans ce vide. On atterrit dans un minuscule aéroport où nous attendent encore des conducteurs de taxi friands de vazahas. On s’en sort pour 10000 Ar (soit 4euros), et 15 minutes de taxi plus tard, nous sommes déposés à l’hôtel « Chez Lalah ».

Nous y trouvons une belle chambre avec moustiquaire, et la Bible sur la table de chevet. Les lits sont bien tentants, mais plus important, nous avons faim! C’est le moment de prendre notre premier repas malgache, et bien sûr on commence par du zébu en sauce. On est aussitôt fans!

Demain, une longue journée nous attend, à commencer par un tour en pirogue à moteur pour se rendre à Anakao où nous passerons plusieurs jours. Par chance, nous rencontrons chez Lalah le patron de la « Compagnie du Sud », Gilles; il nous renseigne sur le départ du lendemain.

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Les vacances approchent, et tandis que les chercheurs du Cirad réintègrent leurs bureaux délaissés en juillet-août, je m’active pour terminer le traitement de mes données. Je fais fumer l’unité de calcul de l’université sous les conseils précieux de Max. Qui l’eut cru, le moment pour moi de percer les mystères de l’informatique est venu! J’apprends à rédiger de petits scripts pour réaliser des analyses à 80 kilomètres de là qui durent plusieurs jours. Je suis familière à ces logiciels de bio-informatique, et R, ce langage que n’apprécie pas, mais qui est bien utile! La généalogie de mes virus se précise tandis que le scénario de leur expansion en Afrique et dans les îles se dévoile.

Et le soir venu, je surfe sur les blogs des voyageurs, je bouquine mon guide du routard, je demande conseil à ceux qui en sont revenus (vivants!); bref, je récupère un maximum d’infos pour notre voyage à Mada. On a ainsi constitué une énorme trousse à pharmacie, entre les anti-palud, les désinfectants, pansements, médicaments contre les vomissements, la diarrhée, les amibes… ce n’est pas une fois sur place qu’on a accès à ce genre de choses (malheureusement).

Une de mes collègues nous accompagnant, nous serons 3 pour ce périple. Notre itinéraire est simple: partant de Tuléar au sud-ouest, nous profiterons de la mer et du soleil d’abord, puis nous prendrons la nationale 7 qui mène droit à Tana, la capitale à 900km de là. Sur la route, l’ascension vers les hauts plateaux et leur fraîcheur, en passant par les parcs nationaux de l’Isalo et Ranomafana. Arrêts à Fianar où nous prendrons le train si le timing le permet, puis à Antsirabe. Rien n’est trop planifié, nous verrons au jour le jour en fonction de nos envies et des taxi-brousse. C’est ça les vacances!

En attendant le départ, quelques fêtes à célébrer. Pour le départ des uns, l’installation des autres. Et les anniversaires! Les soirées sont donc bien remplies!

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