Une journée entière à naviguer sur un vieux gréement. Un rêve qui devient réalité! Alors à l’abordage, moussaillons! Les 18 heureux marins d’eau douce que nous sommes embarquent sur le Hnoss. Ce vieux voilier a navigué sur bien des mers et océans. Qui eût cru que d’une routine de pêche à la morue au large de la Norvège le navire aurait traversé le monde pour achever son périple sur l’île de la Réunion en tant que bâteau de plaisance? Et n’étant plus tout à fait pimpan ni bien vif, il a un sacré charme.
On observe patiemment les manœuvres au moteur qui nous permettent de quitter le port. Le moteur, on en a encore besoin pour le trajet aller, on peut ainsi filer droit. Cap sur le sud! Nous quittons le Port en direction de Saint-Paul, puis Saint-Gilles, notre destination. Quelques consignes de sécurité simplissimes sont énumérées: une chose à retenir, savoir crier « un homme à la mer! ». On hisse les voiles sur nos 2 mâts pour faire joli, puis on peut se disperser sur le pont.
Après un tour de visite, Max et moi regagnons la proue. Nous avions bien repéré un filet tendu au-dessus de l’eau à l’aspect accueillant. Nous nous glissons à l’intérieur, accueillis par une brise fraîche qui atténue la morsure des rayons du soleil… pour un temps! L’eau bleu profond glisse à un mètre en-dessous de nous, laissant le bateau se frayer son passage.
Arrivés à hauteur de Saint-Paul, nous nous rapprochons de bacs à poissons auprès desquels les dauphins gloutons viennent de goinfrer. Et pas loupé! Un groupe de 4 ou 5 nageoires dorsales évolue dans le périmètre, déjà repéré par un autre bateau de plaisance. On coupe le moteur pour s’approcher tout près, au point de leur passer au-dessus. Les animaux ont l’air nullement effarouchés, nous laissant le loisir de les voir de très près. De notre filet, nous sommes aux premières loges pour le spectacle.
Mais cela ne dure que quelques instants. Comme trop de curieux s’avancent, les dauphins préfèrent prendre des distances, et nous reprenons notre chemin. Arrivés à Saint-Gilles, nous mouillons pour quelques heures, le temps de se mettre à l’eau et de pique-niquer. Max et quelques autres intrépides jouent à se jeter à l’eau par la proue, et n’atteignant pas leur quota de sensations fortes, ils sautent suspendus aux bouts à la manière de Tarzan.
C’est la faim qui les sort de cette activité. Comme chacun a apporté quelque chose à manger, les quantités sont bien supérieures à nos besoins; et il faut un peu se forcer pour ne pas vexer les cuisiniers, au point que Max a le mal de mer!
C’est le moment de repartir! Et cette fois, on ne triche plus, on fait tout à la voile! On hisse les 2 voiles restantes à l’avant (le phoque et heu…?) qui se gonflent aussitôt. On prend un rythme de croisière assez lent. Ayant pris la direction du large, les côtes sont de plus en plus éloignées jusqu’à l’empannage qui nous en rapproche. Le temps d’effectuer plusieurs fois la manœuvre, le jour a décliné et les lueurs du couchant embrasent la mer et le rivage. La lune se lève alors que nous arrivons en vue de la ville du Port.
Quelques ultimes manœuvres sont nécessaires avant l’entrée au port; on abat les voiles, on met en marche le moteur, puis on s’arrime bien contre le quai. On doit quitter le Hnoss avec quelques regrets, mais on n’est pas mécontent de retrouver la terre ferme sous nos pieds!
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Les réunionnais sont de grands sportifs. Et avec le terrain de jeu qu’ils ont, pas de quoi s’ennuyer! Combien de fois croise-t-on le créole galopant dans ces petits chemins de randonnée, tels un cabris, sans crainte des dérapages et des à-pics, une petite bouteille d’eau à la main? Ils s’entrainent, dit-on, pour le Grand Raid! Mais qu’est-ce que le Grand Raid? Le zoreille naïf écoute stupéfait le créole qui, des étincelles plein les yeux lui décrit la course la plus difficile au monde.
Elle porte aussi le nom de Diagonale des fous, et à juste titre car son parcours traverse de part en part la Réunion. Depuis Saint-Philippe dans le sud, les concurrents rejoignent le volcan, puis le cirque de Cilaos, suivi du cirque de Mafate, pour enfin redescendre à Saint-Denis. Au total, c’est 150 kilomètres de distance et 9000 mètres de dénivelé positif. Soit une journée complète pour les plus rapides, 3 jours pour ceux qui prennent le temps.
Autant dire que le simple fait d’avoir participé à la course, et de préférence être allé jusqu’au bout, est une véritable gloire personnelle et suscite l’admiration des autres. Mais à quel prix? Les participants doivent s’entraîner correctement de manière à avoir les capacités physiques nécessaires, mais un bon mental est aussi une qualité primordiale. En effet, après des heures de course et de solitude, perdu dans la nuit et dans un cirque inquiétant, la folie vous guette.
Mais si la traversée de la Réunion vous semble un peu trop ardue, sachez qu’il existe en parallèle la course du Semi-raid, qui comme son nom l’indique ne fait « que » la moitié en kilométrage du Grand Raid. Des amis raisonnables se sont inscrits à cette dernière. Et d’autres ont décidé de suivre la course, mais sans dossard; il s’agit d’Audrey et de son oncle.
Ne pouvant bénéficier des ravitaillements postés régulièrement sur le parcours, nous nous sommes dévoués pour apporter un stock d’eau, boissons énergisantes, et sandwiches à nos coureurs hors-course. Garés à Dos d’âne, une entrée de Mafate, nous descendons à la rencontre des coureurs. A ce moment, voilà une nuit entière qu’ils courent, et les nouvelles jusque là sont bonnes.
La descente est plus longue que prévue, car nous nous rangeons à chaque coureur croisé. Certains sont exténués, on essaie de leur remonter le moral et de les motiver. Nous rencontrons enfin Audrey et son oncle, et ces derniers ne cachent pas leur soulagement et contentement. C’est l’occasion d’une pause bien méritée, et on les met aux petits soins pour le pique-nique.
On décide de remonter ensemble à Dos d’âne afin de porter leur matériel le plus longtemps possible. De toute façon il est impossible d’effectuer cette montée bien vite car elle est raide et embouteillée de coureurs. Le trajet est cependant plus rapide qu’à l’aller, car nous sommes à présent dans le sens prioritaire!
Petite pause en haut le temps de transférer le matériel, mais de courte durée, car nos coureurs sont motivés pour la suite et pressés de repartir. Ils repartent tous joyeux, ce qui nous permet de rentrer de notre côté le cœur tranquille. Et ils sont arrivés à bon port, 20 kilomètres plus tard et à la tombée de la nuit. Il leur aura fallu 24 heures de course. De bonnes jambes, et surtout un sacré courage! Bravo!
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Nous sommes encore roses des pigments de la Holi par ce beau matin, alors que nous roulons jusqu’à la Plaine des Palmistes. Une petite randonnée est au programme; il s’agit de monter jusqu’au piton de l’eau: un petit coin de paradis parait-il, constitué d’un point d’eau formé dans un ancien cratère, et entouré de fleurs de lys.
Mais le chemin menant au paradis est semé d’embûches, c’est bien connu! On attaque d’abord un chemin bien pentu, aménagé en marches glissantes. Puis on entre dans une forêt primaire humide à souhait, et même si le temps est sec ces derniers jours, la boue est de la partie. Dans les hauts, la végétation change encore, on passe des zones où l’herbe pousse pour le grand bonheur des vaches dont nous ne verrons que les bouses. Après avoir franchi plusieurs échelles séparant les parcelles de pâturage, on commence à perdre patience. La route est monotone et le chemin glissant nous empêche d’aller plus vite.
Enfin nous atteignons une zone défrichée et perdue dans le brouillard. On entend les cloches des vaches au loin. Il faut traverser les pâturages en se repérant aux balisages masqués dans le brouillard. Ces foutus nuages ne se lèveront quasiment pas, donc pas de beau paysage à admirer.
Enfin on sent l’arrivée proche. Soudain, c’est le retour à la civilisation: des gens partout, incroyablement propres, pas tous dans la fleur de l’âge, et portant leur pique-nique avec eux. Le clou du spectacle, c’est les joueurs de pétanque qui apparaissent au détour du chemin. Il y a visiblement un autre accès au piton, et la route n’est pas loin!
Peu importe, on est arrivé! on trouve un petit coin pour nous auprès du lac, qui est effectivement mignon et entouré de lys, parmi les autres pique-niqueurs, les discussions et les enfants qui courent. On profite bien de notre pique-nique nous aussi, mais hésitons à rentrer en stop. Finalement nous ne tricherons pas et rebrousserons chemin pour retrouver notre sentier boueux et calme!
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C’est le printemps qui arrive, et chacun le célèbre à sa manière. Le Dipavali est ainsi fêté par les tamouls à la Réunion, marquant la victoire du bien contre le mal. A cette occasion, le front de mer de Saint-Pierre et le parc du colosse de Saint-André se parent de leurs plus belles couleurs pour attirer de nombreux visiteurs. Des exposant viennent d’Inde pour vendre les bijoux, tissus, décorations, tandis que les associations de danse viennent des 4 coins de l’île nous présenter leurs plus belles performances.
Un petit détour s’impose donc en ce beau samedi matin pour flâner entre les stands de Saint-Pierre et applaudir les danseurs sur scène. Mais traditionnellement, le Dipavali est d’avantage célébré à Saint-André, petite capitale tamoule de l’île. C’est à l’opposé de Saint-Pierre, mais qu’importe, la curiosité donne la motivation nécessaire.
A notre arrivée, nous nous dirigeons droit vers les stands/ snacks qui proposent des spécialités indiennes. Sur les bons conseils de Sabrina, la plus indienne du groupe disons, nous optons chacun pour un dhal. Il s’agit d’une sorte de crèpe sur laquelle on étale une garniture salée avec des lentilles, de la tomate, et du piment pour les courageux. J’accompagne le plat d’un thé indien, et je n’ai plus faim.
De toute façon il ne faut pas perdre de temps pour voir le spectacle qui suit. Des danseuses et danseurs se succèdent sur scène pour des performances de tous les styles allant de la danse indienne la plus classique à la plus moderne. Les costumes scintillent, cliquètent, et volent au son de la musique indienne, offrant un spectacle haut en couleurs.
Ce n’est pas fini; à présent c’est au tour du public d’entrer dans la danse. L’animatrice invite tout le monde à participer à la « Holi », la fête des couleurs, fête du printemps et de la fertilité. Le principe est simple: au son d’une fanfare de percussions, les participants se jettent des pigments de couleur, jusqu’à finir complètement coloré. Les enfants sont nombreux à se jeter dans la cohue, mais les grands aussi! Il faut tendre les mains pour récupérer la précieuse poudre colorée, puis la distribuer autour de soi, au hasard, ce qui génère des cris de joie.
Bien sûr, c’est une fête très symbolique, car jeter une couleur sur quelqu’un, c’est une façon de lui souhaiter quelque chose: du vert pour l’harmonie, du jaune pour l’optimisme, du bleu pour la vitalité et du rouge pour la joie et l’amour. Il y aura beaucoup de joie et d’amour cette année car tout le monde a fini plus ou moins rouge (il y avait plus de pigments rouges disponibles que toutes les autres couleurs réunies à la vérité!).
C’est donc avec une tronche toute colorée qu’il a fallu terminer la journée. Après un petit passage aux stands de nourriture pour quelques pâtisseries indiennes, on fait le tour des stands d’artisanat. Bien sûr je ne résiste pas à quelques morceaux de tissu colorés!
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Le curcuma est un élément essentiel du carri réunionnais. Il lui donne sa belle couleur jaune, et en plus le Créole se targue de ses vertus antioxydantes. Le hic, c’est que la cuisson entraîne la perte de cette propriété; donc pour votre santé, saupoudrez plutôt vos crudités de cet épice!
Mais passons l’aspect culinaire. Le curcuma provient du rhizome d’une plante qui pousse à la Réunion. Il est cultivé, notamment au niveau de la plaine des Grègues où se trouve la maison du curcuma.
Le lieu est protégé entre quelques montagnes de faible altitude, et les petites cases créoles rendent la plaine des Grègues charmante. C’est l’endroit idéal pour une petite randonnée; c’est pourquoi nous nous y rendons, étant encore fatigués du week-end précédant.
Cependant, les 900 mètres de dénivelé ne sont pas de tout repos! De belles marches sont taillées dans le chemin et ce jusqu’au sommet. Au fur et à mesure de la montée, on voit apparaître la rivière des galets qui se jette au loin dans l’océan, au niveau de Saint-Joseph. Mais le temps se couvre, et nous ne verrons pas beaucoup plus de paysage.
Après un bon pique-nique nous amorçons la descente, toujours en escaliers vertigineux. On a l’impression de descendre un rempart tant la pente est forte. Mais une fois le fond atteint, on peut traverser le village sur un terrain plat. Le temps est à nouveau dégagé et le soleil tape dur sur la route qui mène à la voiture.
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Une fois ces instants de vol achevés, nous rentrons tranquilement à l’appart avec un passage à Saint-Leu. C’est le moment de s’économiser et de se reposer car la nuit sera longue! Une belle marche nous attend sur un sentier qui grimpe jusqu’au sommet du piton des neiges. Après avoir bouclé les sacs de rando et vérifié que nous n’avons rien oublié, nous nous accordons 2 petites heures de sommeil.
Le réveil sonne à 22h30. On se traîne difficilement hors du lit et nous voilà dehors et prêts pour le départ. Le ciel est bien dégagé et une énorme lune nous éclaire. On saute dans la « ferrari » d’Audrey pour se rendre à Cilaos. Il est minuit quand nous prenons le départ avec nos frontales, nos sacs, et nos chaussures (enfin ceux qui en ont, un pote a tout fait pieds nus!). Il fait bien frais, ce qui est agréable pour la marche. Et dans l’état de demi-sommeil où nous sommes, la montée jusqu’au gîte (là où les gens normaux s’arrêtent pour dormir) est achevée en moins de 3 heures.
Il nous reste encore une heure et demi de marche jusqu’au sommet, et rien ne presse car le soleil ne se lèvera que peu de temps avant 6 heures. D’ici là il faut patienter, et de préférence dans un coin abrité. Justement, on tombe sur une grotte où l’on élit refuge. Après 2 sandwiches, nous décidons de faire un somme, mais ni la couverture de survie, ni la chaleur humaine ne nous font oublier le froid.
On reprend donc la marche transis, parmi les autres marcheurs toujours nombreux pour admirer le lever du soleil sur l’océan. La route est difficile; on ressent la fatigue tout en pressant le pas de peur de rater l’évènement. Le ciel rougit, s’embrase derrière nous, et nous savons que le soleil n’est plus loin. On atteint le sommet à temps pour le coucher de la lune. Puis à l’opposé c’est au tour du soleil de se lever. Le ciel est particulièrement dégagé, si bien qu’on voit le volcan. On est arrivé au bout de notre aventure! On se lâche pour une séance photo, et on goûte au rhum Faham, arrangé avec la fameuse orchidée de la Réunion. On prend le petit-déjeuner en buvant un thé bien chaud, puis vient le moment du retour.
Bien emmitouflés là-haut, on souffrait moins du froid glacial du matin. Au fur et à mesure que l’on descend, on retire des couches pour finalement se retrouver en T-shirt. On découvre le chemin et son panorama sur le cirque que nous n’avions pas vraiment vus à l’aller. En 3h nous arrivons à la voiture. On rentre en passant par le marché et la boulangerie de Cilaos. On peut enfin dormir quand Audrey nous dépose chez nous!
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Le temps est incroyablement clair et serein ce matin. C’est le début d’une looooongue journée, si bien qu’il me faudra 2 articles pour la conter. Mais commençons par le commencement. Il n’est pas loin de 7 heures du matin, et impossible de dormir plus longtemps. On commence par un copieux petit déjeuner de makatias et pain frais achetés à la boulangerie d’à côté.
Après quelques préparatifs, nous prenons la voiture en direction de Saint-Leu. Il est temps pour Max de recevoir son cadeau d’anniversaire, après un mois d’attente! Nous nous garons sur un parking près de la plage; autour de nous, des gens drôlement accoutrés, et dans le ciel, d’immenses cerf-volants descendent à notre rencontre. Et oui, ici, c’est la piste d’aterrissage des parapentes! Les prochains qui voleront, c’est nous!
On s’assoit dans un mini bus qui gravit difficilement 800 mètres de dénivelé jusqu’au point de décollage. Il fait bien plus frais ici, et on voit d’un mauvais oeil les nuages qui s’accumulent au-dessus de nos têtes. S’il n’y a plus de soleil, les flux d’air chaud circulant du sol vers le ciel s’éteignent, et il est alors impossible de prendre de l’altitude pendant le vol.
Mais il faut bien se lancer! Après avoir enfilé un baudrier, et s’être solidement attachés à nos moniteurs respectifs vient le moment délicat du décollage. Je prends mon élan en premier. Après à peine quelques pas, la voile se lève et ralentit la course. Puis elle vient se positionner au-dessus de nos têtes et nous sommes happés vers le haut. Mes pieds ne touchent plus le sol, et je peux m’assoir confortablement pour admirer le paysage.
C’était l’exemple du décollage parfait. Max, lui, voulait pimenter cette étape. Après une bonne course sur le terrain de décollage, ses pieds ont frôlé les cannes à sucre du champ du fond. Heureusement ils s’élèvent à temps et prennent la même voie que nous.
On voit beaucoup plus de choses de là-haut. Les maisons groupées en bourgs ou isolées, les parcelles cultivées, les ravines à sec, et droit devant nous, la mer et son lagon. Un rayon de soleil nous éclaire alors que nous franchissons la route des Tamarins. C’est notre chance! Je vois Max au-dessus qui tente de capter le thermique, et un paille-en-queue qui profite aussi du flux d’air pour s’élever en tournoyant. Nous l’imitons pour gagner un peu en altitude; c’est ce qui donne le mal de mer à Max.
Un court planer au-dessus du lagon et quelques surfers, et mon moniteur décide qu’il est temps d’aterrir. Je ne suis pas trop d’accord, mais ce n’est pas moi qui ait les commandes. Retrouver la terre ferme se fait en douceur, et Max aussi arrive un peu après. Il est un peu pâle, mais oubliera vite son mal de mer quand il se rapellera qu’il est l’heure de manger!
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Un week-end s’annonce avec son programme habituel, c’est-à-dire, bien chargé! Mais cette fois un vent à écorner les boeufs souffle sur Saint-Pierre. Après un passage de bonne heure au marché, il faut se rendre à l’évidence: les sorties vont être compromises.
On rentre bien penauds à l’appartement. Un petit coup d’oeil nous permet de dissiper nos craintes d’ennui. Il y a largement de quoi s’occuper ici! Certes Max s’est bien attelé à la tâche pour ce qui est de l’aménagement des pièces. Nous disposons à présent d’un bureau digne de ce nom, avec une table, le clic-clac et une étagère; une chambre avec le futon, une petite commode et une penderie artisanale; un séjour avec une table, 6 chaises, une table basse, et clou du spectacle, un bar; une cuisine avec un frigo, une gazinière, une étagère, une grande table.
Ce chantier est loin d’être achevé. Les fenêtres encore nues, les plantes qui trainent à même le sol sur la terrasse, mon réveil posé par terre à côté du lit le prouvent. On s’applique donc à mettre tout ça en ordre.
A la fin de la journée, les choses ont un peu avancé. On fait alors l’effort de sortir jusque chez notre voisine qui nous a appâtés avec des crèpes. On se gave de crèpes 100% sucrées. C’est digne de la chandeleur! Vivement que l’été arrive!
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Max est malade. Ce n’est pas LA grippe, non, juste une petite crève liée au changement de saison. De quoi le mettre mal à l’aise pour respirer, dormir, et le voilà donc un peu moins en forme. Du coup on décide de ne pas faire de folies du week-end. Et comme ce sont les journées du patrimoine, profitons pour faire un peu de tourisme!
Justement Audrey, ma collègue, a des touristes en ce moment; elle nous propose de se joindre à eux pour une virée dans l’est. Cela signifie beaucoup de route, mais du moment qu’on ne marche pas trop… Audrey a entouré sur la carte les sites à visiter. Le principal se trouve dans Salazie, le troisième cirque de l’île dans lequel je n’ai pas encore mis les pieds. Il s’agit du village de Hellbourg, connu pour ses cases créoles que l’on dit les plus belles de la Réunion.
On prend la route pour se rendre directement à Hellbourg; nous souhaitons arriver à temps pour une visite guidée de la maison Folio. Le cirque de Salazie est accessible en voiture, et nous nous y engageons bien en avance. La route est belle, avec une vue superbe sur la forêt, les chutes d’eau, et les habitations nombreuses et soignées. De ce fait, Salazie semble le plus accueillant des cirques.
La maison Folio est d’avantage une maison coloniale qu’une case créole, qui raconte l’arrivée des riches propriétaires blancs à la Réunion. Ils faisaient venir leurs esclaves de Madagascar pour entretenir leurs domaines, et ces derniers n’avaient autre choix que de fuir dans les espaces enclavés des cirques pour échapper à leurs maîtres. Les cirques portent ainsi les noms que leurs réfugiés leur ont donné.
Après la visite, nous rebroussons chemin vers la sortie du cirque, avec un arrêt à la cascade du Voile de la Mariée. La colonne d’eau dévale gaiement un précipice et achève sa chute dans les cultures de cresson. C’est très joli, mais l’espace est limité pour pique-niquer. On se rend donc à la cascade suivante à Sainte-Suzanne. Max et moi achetons sur le chemin un poulet grillé. Posés au bord du bassin formé au pied de la chute, nous entamons avec appétit le riz et le poulet encore chaud. L’eau a l’air bien froide, et de toute façon Audrey nous déconseille la baignade qui coûte des vies chaque année pour des raisons inexpliquées.
Nous reprenons la route, cette fois vers Saint-André où se trouvent les plus beaux temples tamouls de l’île. Nous ne pouvons entrer dans leur enceinte, mais c’est déjà magnifique vu de l’extérieur; des dizaines de statues multicolores dédiées aux divinités nous regardent de haut. Pour les approcher, il faut être soumis à un jeûn sévère, à l’abstinence sexuelle, et d’autres restrictions dont je ne me souviens plus trop.
Autre lieu de culte, l’église de Sainte-Anne qui est notre destination suivante. C’est sa façade qui vaut le détour, avec ses bas-reliefs très fins et détaillés. Nous n’entrons pas à l’intérieur qui a l’air au contraire très sobre; de toute façon il faudrait payer.
Le jour décline quand nous arrivons sur le Pont Suspendu, un autre site remarquable de par son ouverture sur la mer. L’endroit est fermé à la circulation des véhicules, ce qui nous permet d’y marcher librement.
C’est la fin du programme touristique. Nous rentrons par la route des plaines, en s’arrêtant au passage acheter les quelques samoussas qui seront notre repas du soir.
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De nouvelles têtes sont apparues au CIRAD; rien que dans la case du bas, qui fut mon premier logement à la Réunion, trois nouveaux stagiaires sont arrivés. 2 demoiselles en stage pour 6 mois, et ce cher Innocent, mon collègue centrafricain avec qui je partage ma paillasse au labo. C’est un papa qui s’est lancé dans une thèse, et qui passe trois mois à cloner dans mon équipe loin de sa petite famille. Et tant qu’à faire, il profite de sa liberté provisoire pour se promener sur l’île, et il a bien raison!
Du côté des marcheurs habitués (Max, Audrey et moi), nous avons des projets de randonnée pour faire original, et voilà les nouveaux habitants de la case du bas intéressés, y compris Innocent! Ce n’est pas sans m’inquiéter, car on sous-estime bien souvent la difficulté de la rando. Mais la meilleure façon de s’en apercevoir est de l’expérimenter. Et puis je ne souhaite pas vexer l’équipée en les écartant de ce qui leur semble « une petite promenade de santé ».
J’explique donc en long et en large le parcours qui nous attend sachant que nous n’avons pas choisi le plus simple! En effet, le sentier Bayonne prend son départ à l’Entre-deux, un village au pied de la montagne, ce qui signifie qu’on doit gravir un dénivelé effrayant de 1600 mètres. D’autre part, c’est un superbe chemin qui suit la crête, ce qui nous assure une vue imprenable tout au long de la rando.
Après mille conseils concernant l’équipement des marcheurs et une courte nuit de sommeil, tout le monde saute en voiture et c’est parti pour l’Entre-Deux! Ne connaissant pas le rythme de marche des nouveaux, nous avons décidé que marcher le plus tôt sera le mieux. Notre but étant d’arriver en haut avant les nuages! C’est donc sur les coups de 7 heures que nous commençons l’ascension.
Le départ du chemin est peu engageant avec ses panneaux de mise en garde: « chemin dangereux », « réservé aux marcheurs aguerris », « passage interdit en cas d’averses ». Mais le temps est magnifique et sec, et la bonne humeur des marcheurs n’est donc pas entachée.
La montée est douce au départ et sous couvert de la forêt. Je ferme la marche derrière Innocent, et il devient vite évident que les rythmes de chacun diffèrent de beaucoup. Les premiers nous attendent à chaque virage, et je vois que la cadence adoptée par Innocent ne peut être plus rapide. Nous calculons que nous n’arriverons pas au sommet dans le temps imparti. Mais peu importe, nous pouvons rebrousser chemin quand nous le souhaitons.
Le sentier devient plus raide. C’est trop dur pour Innocent qui décide de faire la sieste en attendant notre retour. Il fait bien car le tracé est de plus en plus escarpé. On finit par perdre aussi nos deux autres marcheuses, l’une après l’autre. Cela nous permet d’accélérer la cadence. Mais malheureusement l’heure est trop avancée pour arriver au point de vue sur Cilaos. Une fois arrivés tout en haut d’un dernier piton rocheux, nous rebroussons chemin pour pique-niquer avec tout le monde.
Nous terminons finalement la marche assez tôt. Nos débutants n’ont pas l’air trop fatigués, au contraire ils sont contents de l’expédition. Ils ont affirmé les jours suivants ne pas avoir de courbatures; ça j’ai du mal à y croire, car même moi n’y ait pas échappé.
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