Les réunionnais sont de grands sportifs. Et avec le terrain de jeu qu’ils ont, pas de quoi s’ennuyer! Combien de fois croise-t-on le créole galopant dans ces petits chemins de randonnée, tels un cabris, sans crainte des dérapages et des à-pics, une petite bouteille d’eau à la main? Ils s’entrainent, dit-on, pour le Grand Raid! Mais qu’est-ce que le Grand Raid? Le zoreille naïf écoute stupéfait le créole qui, des étincelles plein les yeux lui décrit la course la plus difficile au monde.
Elle porte aussi le nom de Diagonale des fous, et à juste titre car son parcours traverse de part en part la Réunion. Depuis Saint-Philippe dans le sud, les concurrents rejoignent le volcan, puis le cirque de Cilaos, suivi du cirque de Mafate, pour enfin redescendre à Saint-Denis. Au total, c’est 150 kilomètres de distance et 9000 mètres de dénivelé positif. Soit une journée complète pour les plus rapides, 3 jours pour ceux qui prennent le temps.
Autant dire que le simple fait d’avoir participé à la course, et de préférence être allé jusqu’au bout, est une véritable gloire personnelle et suscite l’admiration des autres. Mais à quel prix? Les participants doivent s’entraîner correctement de manière à avoir les capacités physiques nécessaires, mais un bon mental est aussi une qualité primordiale. En effet, après des heures de course et de solitude, perdu dans la nuit et dans un cirque inquiétant, la folie vous guette.
Mais si la traversée de la Réunion vous semble un peu trop ardue, sachez qu’il existe en parallèle la course du Semi-raid, qui comme son nom l’indique ne fait « que » la moitié en kilométrage du Grand Raid. Des amis raisonnables se sont inscrits à cette dernière. Et d’autres ont décidé de suivre la course, mais sans dossard; il s’agit d’Audrey et de son oncle.
Ne pouvant bénéficier des ravitaillements postés régulièrement sur le parcours, nous nous sommes dévoués pour apporter un stock d’eau, boissons énergisantes, et sandwiches à nos coureurs hors-course. Garés à Dos d’âne, une entrée de Mafate, nous descendons à la rencontre des coureurs. A ce moment, voilà une nuit entière qu’ils courent, et les nouvelles jusque là sont bonnes.
La descente est plus longue que prévue, car nous nous rangeons à chaque coureur croisé. Certains sont exténués, on essaie de leur remonter le moral et de les motiver. Nous rencontrons enfin Audrey et son oncle, et ces derniers ne cachent pas leur soulagement et contentement. C’est l’occasion d’une pause bien méritée, et on les met aux petits soins pour le pique-nique.
On décide de remonter ensemble à Dos d’âne afin de porter leur matériel le plus longtemps possible. De toute façon il est impossible d’effectuer cette montée bien vite car elle est raide et embouteillée de coureurs. Le trajet est cependant plus rapide qu’à l’aller, car nous sommes à présent dans le sens prioritaire!
Petite pause en haut le temps de transférer le matériel, mais de courte durée, car nos coureurs sont motivés pour la suite et pressés de repartir. Ils repartent tous joyeux, ce qui nous permet de rentrer de notre côté le cœur tranquille. Et ils sont arrivés à bon port, 20 kilomètres plus tard et à la tombée de la nuit. Il leur aura fallu 24 heures de course. De bonnes jambes, et surtout un sacré courage! Bravo!
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