De nouvelles têtes sont apparues au CIRAD; rien que dans la case du bas, qui fut mon premier logement à la Réunion, trois nouveaux stagiaires sont arrivés. 2 demoiselles en stage pour 6 mois, et ce cher Innocent, mon collègue centrafricain avec qui je partage ma paillasse au labo. C’est un papa qui s’est lancé dans une thèse, et qui passe trois mois à cloner dans mon équipe loin de sa petite famille. Et tant qu’à faire, il profite de sa liberté provisoire pour se promener sur l’île, et il a bien raison!

Du côté des marcheurs habitués (Max, Audrey et moi), nous avons des projets de randonnée pour faire original, et voilà les nouveaux habitants de la case du bas intéressés, y compris Innocent! Ce n’est pas sans m’inquiéter, car on sous-estime bien souvent la difficulté de la rando. Mais la meilleure façon de s’en apercevoir est de l’expérimenter. Et puis je ne souhaite pas vexer l’équipée en les écartant de ce qui leur semble « une petite promenade de santé ».

J’explique donc en long et en large le parcours qui nous attend sachant que nous n’avons pas choisi le plus simple! En effet, le sentier Bayonne prend son départ à l’Entre-deux, un village au pied de la montagne, ce qui signifie qu’on doit gravir un dénivelé effrayant de 1600 mètres. D’autre part, c’est un superbe chemin qui suit la crête, ce qui nous assure une vue imprenable tout au long de la rando.

Après mille conseils concernant l’équipement des marcheurs et une courte nuit de sommeil, tout le monde saute en voiture et c’est parti pour l’Entre-Deux! Ne connaissant pas le rythme de marche des nouveaux, nous avons décidé que marcher le plus tôt sera le mieux. Notre but étant d’arriver en haut avant les nuages! C’est donc sur les coups de 7 heures que nous commençons l’ascension.

Le départ du chemin est peu engageant avec ses panneaux de mise en garde: « chemin dangereux », « réservé aux marcheurs aguerris », « passage interdit en cas d’averses ». Mais le temps est magnifique et sec, et la bonne humeur des marcheurs n’est donc pas entachée.

La montée est douce au départ et sous couvert de la forêt. Je ferme la marche derrière Innocent, et il devient vite évident que les rythmes de chacun diffèrent de beaucoup. Les premiers nous attendent à chaque virage, et je vois que la cadence adoptée par Innocent ne peut être plus rapide. Nous calculons que nous n’arriverons pas au sommet dans le temps imparti. Mais peu importe, nous pouvons rebrousser chemin quand nous le souhaitons.

Le sentier devient plus raide. C’est trop dur pour Innocent qui décide de faire la sieste en attendant notre retour. Il fait bien car le tracé est de plus en plus escarpé. On finit par perdre aussi nos deux autres marcheuses, l’une après l’autre. Cela nous permet d’accélérer la cadence. Mais malheureusement l’heure est trop avancée pour arriver au point de vue sur Cilaos. Une fois arrivés tout en haut d’un dernier piton rocheux, nous rebroussons chemin pour pique-niquer avec tout le monde.

Nous terminons finalement la marche assez tôt. Nos débutants n’ont pas l’air trop fatigués, au contraire ils sont contents de l’expédition. Ils ont affirmé les jours suivants ne pas avoir de courbatures; ça j’ai du mal à y croire, car même moi n’y ait pas échappé.

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